105 bébés morts en Ouganda : une humanitaire américaine poursuivie pour exercice illégal de la médecine

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Elle laissait croire aux habitants qu’elle était médecin et s’était même retrouvée à la tête d’un établissement offrant des services de santé à des enfants ougandais en état de malnutrition : Renee Bach, une humanitaire américaine de 30 ans, est poursuivie en Ouganda pour exercice illégal de la médecine par deux plaignantes ayant perdu leurs enfants, Tawali et Elijah, rapportent plusieurs médias américains dont la radio nationale NPR.

Membre de l’ONG chrétienne évangéliste Serving His Children (« Au service de ses enfants »), la jeune femme originaire de Virginie assurait la gestion d’un établissement accueillant des enfants dénutris aux abords du lac Victoria, qui a soigné et nourri gratuitement près d’un millier d’enfants de la région entre 2009 et 2015, avec des conséquences dramatiques. Parmi eux, au moins 105 seraient morts.

Durant ces années, Renee Bach, qui n’avait aucune formation médicale, aurait notamment procédé à des perfusions et des transfusions sanguines, souligne Me Beatrice Kayaga, avocate de l’association Women’s Probono Initiative, qui poursuit également l’humanitaire. « C’est scandaleux », confiait-elle à RFI Afrique fin juin.

« Ces mères, quand leurs enfants tombent malades, sont désespérées. Lorsqu’elles entendent parler d’un établissement où les soins sont gratuits, elles s’y précipitent. Profiter de ces gens-là, de leur vulnérabilité, c’est scandaleux. »

Renee Bach was a 20-year-old missionary when she started taking in sick children. Her critical care center was un… https://t.co/nljokuY7XM

—NPR(@NPR)

« Ce n’était pas du tout le projet à la base »

La plainte se fonde sur des témoignages d’anciens employés du centre d’accueil, qui racontent que des enfants y mouraient chaque semaine. Renee Bach, qui se montrait volontiers avec une blouse blanche et un stéthoscope autour du cou, se faisait appeler « white doctor » et aurait même convaincu des mères de retirer leurs enfants d’un hôpital public pour les lui confier.

« Quand je suis en arrivée en Ouganda, je ne savais même pas que la malnutrition était un tel problème », a récemment déclaré l’humanitaire, qui multiplie les interviews pour défendre sa réputation depuis un mois, à la chaîne américaine ABC News.

« Ce n’est pas un sujet auquel j’avais été exposée. Ce n’était pas du tout le projet à la base. »

L’affaire fait grand bruit en Ouganda depuis la fin 2018, d’autant que l’ONG Serving His Children, qui a dû fermer son premier centre de Masese sur décision des autorités sanitaires locales, a ouvert un nouvel établissement dans le district voisin, qui continue d’accueillir des enfants. Le nombre exact des victimes est impossible à établir et s’élève peut-être à des « centaines », selon les documents de l’enquête consultés par ABC News, car il n’existe aucun registre des admissions.

Jackie Kramlich, un ancien bénévole du centre d’accueil, témoigne auprès de la NPR que les décisions médicales étaient prises par Renée Bach elle-même, parfois en l’absence de tout personnel compétent. Pourtant en Ouganda, seul un professionnel de santé peut être autorisé à opérer des transfusions sanguines.

Saul Guerrero, expert de la malnutrition infantile à l’Unicef, confirme auprès de la NPR qu’il est extrêmement imprudent de soigner un enfant dénutri sans les compétences nécessaires :

« Leur métabolisme et leur système immunitaire sont dysfonctionnels : leur prodiguer un traitement risque très souvent d’avoir l’effet inverse à celui recherché, diminuant leurs chances de survie. »

« Sauveurs blancs »

« Des erreurs ont été faites et nous en avons retenu les leçons », a écrit Renee Bach dans un e-mail à la chaîne NBC News, soulignant qu’elle avait obtenu un certificat en réanimation cardio-respiratoire (RCR) et un diplôme via une formation à distance.

« Je ne me suis jamais mise volontairement dans la position de devoir soigner des enfants, ce n’était pas par choix que je me trouvais confrontée à ces situations. »

Son avocat et elle ont décidé de plaider non-coupables en rejetant toute implication directe dans la mort des deux enfants ougandais.

White savior : « Il rentrait dans l’orphelinat comme une star et il avait l’impression d’avoir des fans »

Son procès à la Haute Cour d’Ouganda relance plus largement la polémique sur les « White Saviors », ces « sauveurs blancs » notamment membres d’ONG chrétiennes qui, bardés de bonnes intentions, viennent offrir de l’aide et des soins aux populations africaines sans la formation et l’équipement nécessaires.

La malnutrition ravage de vastes zones de l’Ouganda, en étant responsable de près de 45 % de la mortalité infantile du pays, selon l’Agence des Etats-Unis pour le développement international.

Par NouvelObs

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