À Dakar, des graffitis interpellent les Sénégalais « qui n’ont pas encore tous saisi la gravité » du coronavirus

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Alors que l’épidémie de coronavirus est arrivée au Sénégal le 2 mars dernier, des artistes dakarois se sont mobilisés pour sensibiliser la population aux mesures d’hygiène à travers des fresques et des graffitis. Selon eux, placer leurs œuvres au cœur de la ville dans les endroits les plus fréquentés permet à tous de comprendre et  de s’approprier la démarche.

Le Sénégal dénombrait au 25 mars 78 casde coronavirus. Dans ce contexte, le gouvernement a mis en place un couvre-feu de 20h à 6h et décrété l’état d’urgence. Mais la pandémie qui se propage sur le continent africain a fait naître des doutes et des suspicions dans l’esprit d’une partie de la population sénégalaise, qui ne respecte pas toujours les consignes et les mesures d’hygiène. 

Désireux de participer à l’effort de sensibilisation autour de la maladie, des artistes dakarois se sont armés de sprays et pinceaux et ont peint les murs de leur ville pour rendre tangible cet « ennemi invisible ».

« On adapte les consignes pour que les Dakarois se sentent concernés et représentés »Serigne Mansour Fall, dit « Madzoo », est un graffeur dakarois de 32 ans. Il a peint cette fresque sur un mur de l’université de Dakar.

L’université a fait appel à nous pour réaliser ces fresques, elle nous a fourni les recommandations d’hygiène et nous les avons adaptées pour que la population dakaroise se sente concernée et représentée.

Pour réaliser mon œuvre j’ai reproduit une photo d’une personne en train de se moucher, mais j’ai tenu à ajouter le grand foulard à l’africaine pour que les passants, quand ils l’aperçoivent, se sentent interpellés. Quand on peignait, beaucoup de personnes sont venues nous parler, nous ont encouragés.

Les six œuvres réalisées par le collectif RBS Crew à l’université de Dakar.  

À un moment, un vieux monsieur est passé devant nous et nous a lancé : « finalement les autorités ont compris que la communication visuelle est la meilleure ». Ça m’a surpris et c’est vrai que notre rôle c’est de synthétiser et de rendre plus clair les messages qui passent à la radio et à la télé, qui peuvent parfois être confus.

« Beaucoup n’ont pas encore saisi la réalité et la gravité de cette maladie »Moussa Kane, dit « Mbautta », est un dessinateur professionnel de 39 ans, membre du collectif Undu Graf. Il a peint plusieurs fresques à Dakar depuis le début de l’épidémie.

Nous avons l’habitude de peindre en réaction à l’actualité, le jour même ou le lendemain. Dès lors des discussions se créent autour du mur avec les passants, des liens se nouent et des débats commencent. Nos fresques deviennent presque des performances.

Ici beaucoup n’ont pas encore saisi la réalité et la gravité de cette maladie, on continue nos vies presque comme si de rien n’était, dans les transports on est serré, on se parle, l’ambiance est bonne. L’idée de distanciation sociale me paraît difficile à appliquer à Dakar.

Mais justement quand on peint, les gens nous posent des questions sur toutes ces mesures, ils demandent comment bien se laver les mains, quelle est la durée de vie des masques etc. On devient presque des conseillers médicaux.

Un graffeur donne du gel hydroalcoolique à un passant devant une fresque de sensibilisation réalisée dans le quartier de Yeumbeul. 

Les gens croient que nous sommes envoyés par les mairies, mais pas du tout, c’est une initiative citoyenne et bénévole.

« Si quelqu’un veut qu’on vienne peindre on le fera »Ati Diallo est un manager d’artistes et organisateur d’événements culturel dans l’agglomération de Dakar, très impliqué dans les cultures urbaines comme le rap, le slam ou le graffiti. Il a fédéré les artistes graffeurs autour de cette problématique et les a encouragés à peindre ces fresques de sensibilisation.

J’habite à Yeumbeul, une banlieue de Dakar où beaucoup ne savent pas lire et où la population a vu cette histoire de coronavirus comme quelque chose de lointain, quelque chose qu’elle voyait à la télévision, qu’elle entendait à la radio mais qui ne la touchait pas directement. Aucune équipe de sensibilisation n’est venue leur en parler directement par exemple.

Avec des amis artistes on a vu que la communication visuelle, sur des choses très concrètes comme le lavage des mains ou le port du masque pourrait fonctionner.

On sortait d’un festival, il nous restait quelques bombes de peinture et on a fait la première fresque sur le mur de la maternité de Yeumbeul le 19 mars dernier. C’est un endroit très fréquenté et ça a suscité beaucoup de discussions. Quand on a partagé les photos sur les réseaux sociaux, il y a eu beaucoup de partages et on a reçu pas mal de messages nous demandant de venir faire la même chose à tel ou tel endroit.

Jusqu’à présent nous avons peint dans quatre endroits différents, une cinquième installation étant en cours de réalisation. Les artistes dakarois sont mobilisés, et si quelqu’un veut qu’on vienne peindre on le fera, il faut simplement nous fournir la peinture et éventuellement nous dédommager pour le transport.

Si vous habitez Dakar et souhaitez faire appel au talent de ces artistes, contactez les via cette adresse mail : [email protected]

Article écrit par Liselotte Mas 

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