Cette prof a la formule pour que les décrocheurs scolaires aient tous leur bac

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En 2016, le décrochage scolaire concernait 450.000 jeunes de 18 à 24 ans. Les élèves de Carine Montrésor, enseignante à Dijon, obtiennent tous 100% de réussite au bac. Comment fait-elle?

Elle s’appelle Carine Montrésor et ne doit pas son nom au hasard. Cette coordinatrice de la Mission de lutte contre le décrochage scolaire dans un lycée de Dijon donne des ailes aux décrocheurs.
″Ça fait quinze ans que j’obtiens 100% de réussite au bac avec mes élèves”, s’enorgueillit Carine Montrésor .

Une affirmation qu’accrédite le directeur du lycée Hippolyte-Fontaine dans lequel elle officie: “Elle obtient en effet régulièrement 100% de réussite.”

Chevalier de la légion d’honneur

Le travail de Carine Montrésor vient aussi d’être salué par le ministre Jean-Michel Blanquer, qui la promeut dans le décret du 30 novembre au grade de chevalier de la Légion d’honneur pour ses 27 années de service au sein de l’Éducation nationale.

L’enseignante figure également dans le Top 100 des leaders en éducation du GEFL (Forum global pour l’éducation et l’apprentissage), une société d’événementiel qui essaie de concurrencer le Global Teacher Prize dont le prix 2019 a été remis au kényan Peter Tabichi.

Carine Montrésor, la cinquantaine, deux enfants, n’a pu assister à la cérémonie du GEFL qui se déroulait à Dubaï du 16 au 18 décembre. Le rectorat de Dijon n’a pas souhaité lui payer les frais de déplacement, parce que “le prix n’est pas reconnu par l’Éducation nationale”, précise une source du rectorat au HuffPost. L’enseignante s’est vite consolée en apprenant que le maire de Dijon a promis une réception en son honneur.
Dijon dans la moyenne nationale

Les récompenses pleuvent parce que la méthode de Carine plaît, mais aussi parce que le décrochage scolaire est devenu un enjeu de premier plan. En France, en 2016, environ 450.000 jeunes, entre 18 et 24 ans n’étaient pas diplômés, ou alors n’avaient obtenu que le brevet des collèges, selon les derniers chiffres du Conseil national d’évaluation du système scolaire.

Le territoire de Dijon se situe dans la moyenne nationale en termes de taux de décrochage.
Plusieurs lycées se partagent le travail en Bourgogne et dans toute la France. Des missions de lutte contre ce phénomène sont diligentées depuis 2013, dans les lycées partout en France après que le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Vincent Peillon, suivi de près par Najat Vallaud-Belkacem, a fait du décrochage scolaire un sujet de préoccupation majeur.
La méthode miracle

Mais alors, quelle est la méthode miracle prônée par Carine Montrésor?

Pour le directeur du lycée, la clé de sa réussite “tient au fait qu’elle suit les élèves de façon individualisée, explique-t-il, elle a une longue expérience de tout ce qui leur permet de raccrocher et poursuivre leur voie. Dans son domaine, elle fait preuve d’investissement et d’initiative.”

Carine Montrésor explique avoir à faire à des enfants dont “le parcours de vie est cabossé”. “Ce sont des jeunes en difficulté, découragés par le système, qui ont parfois développé des phobies scolaires ou bien qui ont été en long arrêt maladie. Ces jeunes sont sur le bord du chemin. Ils ont doublé, triplé leur Terminale. Quand ils arrivent dans mon lycée, ils sont abîmés. Mais ils ont besoin du bac. Ils savent que c’est un sésame pour la suite.”

Une heure d’entretien par élève

Alors l’enseignante consacre à chacun une heure d’entretien pour élaborer un programme le plus personnalisé possible. “Je suis très proche des élèves, ajoute-t-elle, et je donne cours à plusieurs petits groupes de 5 ou 6. Je concentre les heures. Ils n’ont cours que lundi et mardi. En concentrant le programme ainsi, on fait moins, mais mieux. Le reste de la semaine, ils sont en service civique.

Cela leur permet de voir d’autres souffrances, de s’oublier soit, d’aller vers l’autre, de se dépasser.”
La professeure raconte également son histoire personnelle aux élèves. Elle leur dit: “Si moi j’y suis arrivée, pourquoi pas vous ?”

Une mention “très bien”

Pourquoi pas eux? Carine Montrésor se souvient de cette élève souffrant d’anorexie qui a passé son bac à l’hôpital. “Faustine était en Terminale scientifique, mais tout le temps absente. Elle avait développé une phobie scolaire. Je lui ai proposé de changer de voie, en passant un bac STMG (sciences et technologie du management et de la gestion) pour redonner du sens à ses études, avec des matières concrètes comme le droit.

Ensuite, elle a choisi de faire son service civique aux Restos du Cœur. Ses neuf mois de mission se sont très bien déroulés. Résultat? Elle a obtenu la mention ‘très bien’. C’est la première fois que l’un de mes élèves obtient cette mention!”

Première mention “très bien”, certes, et à l’oral ? “On a toujours les meilleures notes de l’Académie à l’oral, souligne Carine Montrésor. Une de mes élèves a déjà obtenu un 20 sur 20 à une épreuve de ressources humaines et communication.”
Carine garde le contact avec ses anciens étudiants. “Je les suis sur les groupes Facebook, certains viennent donner cours à mes élèves. Ça les motive beaucoup de découvrir le parcours des anciens.”

Les sportifs de haut niveau aussi

L’égalité des chances, c’est le credo de Carine et en 2017, elle crée l’association Jumps qui permet aux jeunes sportifs issus de classe moyenne et des quartiers populaires de continuer leur parcours au plus haut niveau professionnel sans se soucier de l’argent qui viendrait à manquer.


“L’association recherche des partenaires pour chaque sportif afin de les aider dans leurs projets respectifs, lit-on sur le site. Le coût d’une pratique sportive ne doit pas être un frein dans l’évolution de ces jeunes dont les parents et leurs clubs peinent à les accompagner financièrement.”
“Chaque jeune a droit à la réussite. Il faut que quelqu’un leur tende la main. Les résultats sont merveilleux”, assure Carine fière de mener ses projets à bien.

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