Comment réveiller le Dragon socio-économique qui sommeille en l’Afrique ?

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Le triomphalisme économique de certaines régions du monde et l’exceptionnalisme africain suscitent une interrogation capitale : Comment s’y prendre pour renverser la tendance, bousculer les idées reçues, et donner à l’Afrique sa véritable place au panthéon des grands continents ?

Le leadership politique, une nécessité.

L’histoire du développement des États tend à montrer que la politique précède l’économie. 

En effet, « Tout s’élève ou s’écroule en fonction du leadership [politique].» disait John Maxwell. Une réelle volonté et un leadership politique vrai sont donc nécessaires pour asseoir et cimenter les bases d’une Afrique économiquement puissante, politiquement autonome, socialement paisible et culturellement influente. 

L’Afrique peut avoir des économies productives, compétitiveset efficaces. Solution ? Il convient d’élaborer un plan bien rodé en vue faire échec à la fuite des cerveaux et drainer les étudiants et les professionnels les plus brillants vers, notamment, les administrations publiques. Il s’agit, ici, de mettre, la méritocratie, les compétences et les talents au service de l’excellence et de la compétitivité continentale.

Faut-il également rappeler qu’une véritable lutte contre la corruption  en rendant les procédures transparentes, écourtées et claires demeure un passage obligé. En outre, au détriment des réformettes et des logiques court-termistes, populistes et électoralistes, devrons-nous préférer des reformes structurelles pertinentes et concertées à même d’avoir, à terme, un impact positif sur l’ensemble du paysage socio-économique du pays, du continent.

Le pragmatisme et l’ouverture d’esprit, un atout. 

En effet, l’expérience de la réussite socio-économique et politique  dans nombre de régions du monde prouve que les pays peuvent intelligemment s’inspirer les uns des autres. Ainsi, l’Afrique ne devrait-elle pas apprendre de la réussite des pays de l’Asie de l’Est notamment  les tigres (Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Viet Nam et les Philippines), les Dragons (Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong et Singapour) et aussi de l’ascension fulgurante de l’empire du Milieu (la Chine) ? L’idée serait de réaliser un benchmark de ce qui marche ailleurs, en tirer les meilleures pratiques, et les adapter au contexte économique, politique, socioculturel et civilisationnel des peuples africains. 

Saviez-vous que le « Rwanda Development Board » (RDB), organisme majeur de la transformation économique et sociale du Rwanda, est littéralement modelé sur « EconomicDevelopment Board », l’organisme singapourien ? Saviez-vous que la Chine s’est littéralement inspirée du modèle Singapourien en ce qui a trait à l’attraction et l’utilisation des capitaux étrangers par la mise sur pied des Zones Economiques Spéciales à la fin des années soixante-dix,chose qui a ouvert la voie à son extraordinaire ascension économique ? 

Le benchmark économique et politique demeure fondamentalement une méthode empirique sous-tendue par l’observation. On ne retient que les pratiques qui restent en phase avec nos réalités. Par conséquent, les préjugés idéologiques et à l’aveuglette n’ont aucune place.

D’ailleurs, l’ancien président  et responsable de l’éclosion économique de la Chine, Deng Xiaoping, avait une formule favorite : « Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, s’il attrape la souris, c’est un bon chat»  Quelle belle leçon de pragmatisme ! 

La croissance, toile de fond du développement. 

Il n’est plus  à démontrer que sans la croissance, le développement est difficilement envisageable. Encore faut-il que cette croissance soit inclusive pour faire véritablement participer un large éventail de femmes et d’hommes au processus de création de valeur. 

Par ailleurs, les experts s’accordent à dire que cette croissance est, pour l’essentiel, tiré par le secteur privé. D’où la nécessité de créer une atmosphère africaine favorable à l’investissement et à la création des activités génératrices de revenus. Pour ce faire, la mise en place des centres dédiés à la facilitation des Investissement Directs Etrangers et locaux, des incubateurs d’entreprises, et des Zones Economiques Spéciales permettra, à tout point de vue, de créer des emplois, faire monter les populations  locales en compétence et donner un véritable coup de fouet au déverrouillage socio-économique du continent.  

Rappelons également que nombre de nos économies sont celles de la rente minière, pétrolière et agricole, matérialisées par leur forte dépendance de l’exportation des matières premières sans création de valeur ajoutée. Ce qui rend nos économies beaucoup trop vulnérables à la compétition mondialisée où les attributs du marché restent l’instabilité, l’imprévisibilité et l’incertitude. Par conséquent, une piqûre de flexibilité, de diversification et d’innovation assortie d’une réelle politique volontariste d’industrialisation tenant compte de nos avantages comparatifs, ne fera certainement pas de mal, n’est-ce pas ? En effet, l’industrialisation n’est-elle pas la voie pour déchainer le miracle économique africain ? 

Ajoutons qu’un modèle de développement axé sur une forte intégration régionale et le développement des échangesintra-africains facilités par une monnaie commune devrait permettre une croissance inclusive et soutenue et, par conséquent, aider l’Afrique à  faire reculer la pauvreté et se sortir, graduellement, du triste engrenage de la dette et de la traditionnelle main tendue. 

Le développement exogène, est-ce possible ? 

« Toute aide qui ne nous aide pas à se passer de l’aide est à rejeter. » disait Feu Ahmed Sékou Touré, alors président guinéen et l’une des figures emblématiques du panafricanisme. 

Ce faisant, faut-il totalement se départir de l’aide et de la dette ? L’afro-réalisme nous oblige à dire non ! Toutefois, le schéma conventionnel de l’aide au développement avec, doit-on le préciser, son lot de conditionnalités aussi impertinentes que contraignantes, a montré ses limites. L’aide au développement n’a pas servi à grand-chose parce que malciblée. Pire, nous avons le désagréable pressentiment que l’aide n’est faite que pour maintenir l’Afrique dans sa  seule vocation de pourvoyeuse des matières premières. Ainsi, dans son livre « le fardeau de l’homme blanc : l’échec des politiques occidentales d’aides aux pays pauvres», William Easterly, professeur à la New York University et ex-économiste à la Banque Mondiale, démontre brillamment que l’aide au développement n’aide pas vraiment au développement et, par conséquent, mérite d’être repensée.

Quant à la dette, l’Afrique paye plus que ce qu’elle emprunte. A en croire un article de la Tribune Afrique daté du 23 Juillet 2018, « La dette africaine évolue à un rythme effréné. Celle-ci a atteint l’année dernière 57% du PIB du continent soit environ le double de ce qu’elle représentait 5 ans plus tôt.» 

La bonne nouvelle, c’est que la porte du développement s’ouvre de l’intérieur. En effet, l’équation du développement de l’Afrique admet une solution unique et endogène : les Africains !…Oui, la solution, c’est nous !

De ce fait, vouloir importer un modèle de développement « tous frais payés » sans prendre en compte les spécificités locales africaines ne peut être que de l’enveloppement. Dès lors, la question qui se pose et qui s’impose demeure : combien d’années faudra-t-il à l’occident pour se rendre à l’évidence, que le modèle du développement parachuté, du type « Topdown », sans réelle concertation avec la population locale ou récipiendaire n’a jamais marché, ne marche pas et ne marchera pas ? 

Le rôle des jeunes et de la diaspora dans tout ça ? 

Nombre de projections démographiques s’accordent à dire que la population africaine devrait doubler en 2050 et que sa jeunesse passera de 480 à 840 millions d’âmes juvéniles. 

Est-ce une bombe à retardement qu’il convient de désamorcer  ou un atout stratégique ? Cela dépend de nos lunettes de vue. En effet, si nous portons les mêmes que la BAD et quantité d’institutions panafricaines, on se rendra vite à l’évidence que l’un des atouts les plus stratégiques de l’Afrique demeure la jeunesse de sa population. N’est-ce pas les jeunes qui, grâce à leur dynamisme, leur ingéniosité, et leur matière grise, pourront valoriser nos matières premières et donner un virage à 360° à nos économies ? 

[…]Certes, bien des jeunes africains sont candidats à l’immigration clandestine, mais la  décision de quitter les siens et d’émigrer en bravant tous les risques et dangers qui y sont liés n’est jamais chose facile. On le fait lorsque l’on ne croit plus en la  perspective d’un lendemain meilleur chez soi. Il convient  donc de redonner confiance à cette couchejuvénile africaine désespérée et de leur faire prendre conscience qu’il vaut le coup de rester sur le continent pour bâtir notre héritage commun, notre avenir commun. 

La chine, en moins d’un demi-siècle, s’est taillée la deuxième marche du podium des grandes puissances économiques mondiales grâce, en partie, à la volonté affichée et l’inventivité de ses jeunes et de sa diaspora. L’Afrique pourrait-elle s’en passer ? La réponse est évidente, n’est-ce pas ? 

Agir maintenant, pourquoi ? 

Pour Goethe (1749-1832), Poète et homme d’Etat allemand, c’est clair : « Il ne suffit pas de savoir, il faut aussi appliquer ; il ne suffit pas de vouloir, il faut agir. »

Ainsi, prenant l’exacte mesure de la réalité et des défis à relever, on peut réaliser que l’Afrique connait un vent frais d’optimisme et d’engagement institutionnel sans précédent ni équivalent dans l’histoire.

D’ici à 2050, l’espoir est permis pour construire l’Afrique dont nous rêvons. Une Afrique entrepreneuse, qui s’affirme, qui se bouge. Nos ainés ( Sankara, Lumumba, Nkuruma, Sékou Touré,…) en ont construit les soubassements. Reste à nous d’apporter, chacun, nos pierres pour faire monter les murs de l’édifice. C’est une triple obligation qui se veut légitime, citoyenne et, surtout, africaine.

C’est ensemble que nous y arriverons. 

Par SYLLA Sékou Oumar

Etudiant à l’Institut Supérieur de Commerce et d’Administration des Entreprises (ISCAE, Casablanca-Maroc) 

Ecrivain, Chercheur en Economie du développement

Syllasekoumar96@gmail.com

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