« Il faudrait que la jeunesse africaine décide de prendre son destin en main »

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Ils sont jeunes et passionnés d’Afrique et de ses potentialités. Dans ce continent bouillonnant d’idées innovantes, Pape Malick Barros et Marième Sarah Diop, fondateurs de la plateforme Afropreneuriat, n’éprouvent pas de peine à dénicher des jeunes entrepreneurs dynamiques et inspirants à travers l’Afrique et sa diaspora.

Pape Malick Barros, 28 ans, est journaliste de formation et communicant, mais aussi diplômé d’une licence en sciences juridiques et politiques. Marième Sarah Diop, 25 ans, est titulaire d’une licence en gestion de l’entreprise, et d’un Master en ingénierie financière.

Vous avez fondé Afropreneuriat le 30 août 2018, qu’est-ce que c’est au juste et comment vous est venue l’idée de sa création ?

Afropreneuriat, c’est la cyber ambition lancée par Marième et moi. Tout est parti d’une discussion qu’on avait, car on a l’habitude d’échanger et nous nous sommes dit pourquoi ne pas essayer de matérialiser nos idées. Mais le déclic vient, en fait, d’une anecdote à propos d’une brave dame qui, depuis des années, va très tốt au marché le matin pour s’approvisionner en légumes et les revendre au détail. Une femme âgée, mais qui se débrouille toute seule pour transporter ses gros sacs remplis de légumes de l’endroit où elle descend du « Car rapide » jusqu’à chez elle. Elle a >> répétécela pendant plusieurs années. Et durant tout ce temps-là, elle nous a inspirés par sa rigueur, sa persévérance et son intégrité. Cette femme exceptionnelle reflétait merveilleusement bien la femme africaine telle qu’on la connait : battante, engagée, déterminée malgré les difficultés.

Nous nous sommes posé la question de la représentativité de ces personnes dans les médias. Pourquoi ces personnes, comme elle, ne sont pas données en exemple pour inspirer les jeunes à se bâtir et construire leur estime d’eux-mêmes ? Parce qu’aujourd’hui, on a besoin de modèles. C’est à partir de cet instant que nous nous sommes dit pourquoi ne pas créer une plateforme dénommée Afropreneuriat et publier tout ce que l’Afrique a de meilleur à offrir dans le domaine du commerce, de l’économie, de l’entrepreneuriat etc.

En quoi consiste votre travail en tant qu’administrateurs de la plateforme Afropreneuriat ?

C’est un travail très athlétique. Parce que ce n’est pas très évident d’avoir une plateforme très suivie un peu partout dans le monde. Nous recevons des messages, des mails dans nos différents réseaux à savoir sur Facebook où nous avons plus de 300 000 abonnés et 100 000 abonnés sur Instagram. Nous en recevons, au moins, une bonne centaine par jour. Donc, il faut répondre à tout le monde, il faut écrire un article à tout le monde. Il faut que chacun, en tout cas, se retrouve dans cette plateforme parce qu’elle ne nous appartient pas, elle appartient aux Africains.

Il y a donc un travail rédactionnel, c’est-à-dire que nous recevons des messages et essayons de comprendre ce que font les entreprises via un questionnaire que nous leur envoyons. C’est par la suite que nous rédigeons un article que nous soumettons au promoteur du projet d’abord, avant sa publication dans la plateforme.

Pourquoi ce choix porté sur l’entrepreneuriat ?

Dans nos discussions, nous abordions souvent la question des jeunes qui ont lancé leur entreprise et ça nous a beaucoup inspirés. Cela véhiculait quelque chose de positif en nous, d’autant plus que le monde dans lequel nous vivons, qu’on le veuille ou non, est un monde où domine le capitalisme. L’argent est le nerf de la guerre. Donc un pays ou un continent qui ne pèse pas économiquement se met dans les dispositions prochaines de ne pas s’adapter et résister aux futures mutations. Parce que le monde n’est que mutations et adaptations.

Aujourd’hui, nous savons tous qu’un pays comme la Corée du Sud est un exemple en termes d’apogée. C’est un pays qui partageait le même PIB avec les pays africains les plus pauvres en 1960 et à présent, la Corée du Sud va bientôt lancer la 5G. Elle abrite également plusieurs grandes marques de véhicules etc. Nous sous sommes dit que, pour atteindre cette croissance économique tant voulue, il faudra passer par l’entrepreneuriat, surtout qu’au Sénégal on nous parle du PSE. L’entrepreneuriat est un domaine qui parle à tout le monde. On peut avoir plus de soixante ans et être entrepreneur. Donc, c’est tellement inclusif et constitue un apport économique tellement consistant qu’il a été la thématique idéale pour lancer cette plateforme.

Comment parvenez-vous à détecter à travers le continent tous ces entrepreneurs inspirants au quotidien ?

Nous devons être à plus de 5000 entrepreneurs publiés répartis dans 63 pays depuis que nous avons lancé la plateforme. Grâce au carnet d’adresse garni de Marième, avec les différents voyages qu’elle a effectués au Ghana et un peu partout dans le monde, elle a pu nous mettre en rapport avec des personnes qui connaissaient elles aussi du monde. Les premiers mois, nous publions un ou deux entrepreneurs par jour et là nous nous sommes retrouvés à avoir des entrepreneurs qui nous contactent de partout. C’est ainsi que nous avons commencé à publier cinq à six entrepreneurs par jour. De fil en aiguille, nous sommes parvenus à toucher tous les pays du continent africain.

Quel est le modèle économique d’Afropreneuriat ?

Avec Afropreneuriat, nous avons des réseaux très suivis. Donc c’est une belle audience et pas n’importe laquelle. Elle est active et n’hésite pas à intervenir dans tout ce que nous publions. Nous avons lancé, grâce à nos abonnés, notre site internet. C’est par la suite que nous avons eu l’idée de lancer un crowdfunding en demandant à nos abonnés de participer pour ceux qui sont en Afrique à hauteur de 1000 FCFA et ceux qui sont en Europe à hauteur de 2 euros pour atteindre un objectif de 3000 euros. Quelques semaines, après le lancement du crowdfunding, nous nous sommes retrouvés avec plus de 8000 euros.

Cela veut dire que nous avons dépassé notre objectif. Nous avions eu de quoi lancer et monétiser notre site internet qui recevait énormément de visiteurs. En ce moment, le site reçoit plus d’un million de visiteurs par mois. Nous gagnons de l’argent grâce aux régies publicitaires. Mais il n’y a pas que ça, car nous vendons des espaces publicitaires à des entreprises qui cherchent plus de visibilité. Vous verrez dans notre site une bannière de publicité d’orange money France qui est un de nos partenaires.

Aujourd’hui, quelle analyse faites-vous de l’entrepreneuriat sénégalais, surtout chez les jeunes ?

Au Sénégal, l’entrepreneuriat se porte merveilleusement bien, surtout chez les jeunes, parce que la jeunesse a compris l’enjeu qui tourne autour. Nous avons tantốt vu deux jeunes Sénégalais qui ont fabriqué une canne intelligente avec avertisseur sonore pour non-voyants capable de détecter des obstacles. Dotée d’un système de géolocalisation et d’un autre qui mesure le pool et le rythme cardiaque, la canne transmet ces informations en temps réel aux services hospitaliers en cas d’urgence.

Il y a aussi deux jeunes qui ont lancé Virima, pour permettre aux sociétés immobilières d’utiliser des casques de réalité virtuelle pour faire visiter aux gens, et éventuellement louer ou acheter, un appartement ou une maison. Avec Virima on a plus besoin de se déplacer pour visiter le local que l’on souhaite louer. Nous avons beaucoup de jeunes entrepreneurs conscients que leurs idées pourraient avoir un impact sur l’économie du Sénégal. Si on se base sur les statistiques de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), on sait qu’il y a 400 000 entreprises au Sénégal et que ce nombre ne cesse d’augmenter depuis des années.

Vous avez prévu de mettre en œuvre d’autres initiatives pour l’Afrique ?

Oui bien sur nous travaillons en ce moment même sur l’ouverture d’une bibliothèque 100% africaine. Celle-ci proposera des livres rédigés par des auteurs d’Afrique du continent et de la diaspora. L’idée pour nous a travers ce projet est de promouvoir tout ce que l’Afrique à de plus beau à offrir dans le domaine littéraire. 

Elle sera basée ou cette bibliothèque ?

Nous comptons l’implanter à Dakar. 

Quand pensez vous que ce projet pourra voir le jour ? 

Tout dépend des objectifs que nous sommes fixés. Nous voulons collecter 5000 livres pour commencer . Nous avons pu collecter plus de la moitié grâce au soutien indéfectible de nos abonnés. Nous avons aussi lancé une cagnotte sur Go Fund Me pour financer le projet. La cagnotte et la collecte avancent de manière significative. On rêvera bien dans les mois à venir ce qu’il en sera.


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