« Le chemin de Jada », un conte pour enfants qui parle de colorisme

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Dans « Le chemin de Jada », Laura Nsafou, à qui l’on doit « Comme un million de papillons noirs, livre une belle leçon de tolérance et d’estime de soi.

LIVRES – Il était une fois deux petites filles, deux sœurs jumelles. La première s’appelait Iris. L’autre, Jada. “Les mêmes yeux de chat, le même nez rond, les mêmes longues nattes, le même médaillon… Le seul détail qui les distinguait, c’était la couleur de leur peau.”

Toutes deux avaient la peau noire. Alors que celle de la première était “aussi claire que l’acacia”, celle de la seconde était, elle, “aussi foncée que le cacao”. Cela lui valait depuis sa naissance une salve de remarques désobligeantes sur son physique de la part des habitants de son village, mais aussi des membres de sa famille.

Cette histoire, c’est celle du nouveau conte de Laura Nsafou, l’autrice du livre pour enfants à succès “Comme un million de papillons noirs”. Intitulé “Le chemin de Jada”, il est sorti ce mois-ci aux éditions Cambourakis et aborde le sujet du colorisme, un thème encore très absent de la littérature jeunesse en France.

Une discrimination issue du racisme

Le terme fait référence à une discrimination issue du racisme qui consiste à privilégier les individus aux carnations de peaux claires. Méconnu du large public, le mot a commencé à se populariser en parallèle de la naissance des mouvements afroféministes, au début des années 2010, selon l’écrivaine.

Discrimination subie en grande partie par les femmes noires, mais aussi asiatiques, elle recouvre tout un tas de propos qui dévalorisent celles à la peau plus foncée. Le “t’es belle pour une Noire” en est un exemple. “Tu serais si jolie si tu n’étais pas aussi foncée qu’un enfant de la Nuit”, comme le dit la grand-mère de Jada à sa petite fille, aussi.

Le phénomène est très présent, mais reste encore tabou. Mal abordé, il “est souvent mis sous le tapis avec le racisme”, observe Laura Nsafou. Cette dernière entend pallier le problème “avec poésie, tout en gardant l’héroïne comme actrice de sa propre émancipation”, sans rivalité aucune avec d’autres personnages, sa sœur à la peau plus claire notamment.

Le besoin d’en parler aux enfants

Parler de colorisme dans la littérature jeunesse est important, soutient l’autrice. “C’est aussi insidieux que le racisme et compte tout autant de ramifications”, poursuit cette dernière. Le pointer du doigt de la sorte participe à l’effort de prévention.

“Certains enfants ne connaissent pas le mot, mais cette distinction entre une peau claire et une peau plus foncée, ils savent que ça existe”, explique-t-elle. Le terme n’est employé à aucun moment dans le livre. L’expérience que vit le personnage principal parle d’elle-même.

L’ouvrage ne s’arrête pas là. Au-delà du concept de sororité que développe le conte, “Le chemin de Jada” offre une belle leçon d’estime de soi. Il montre plusieurs choses.

D’abord, que la recherche de validation extérieure est naturelle. Comme dans le cas de Jada, celle-ci ne vient pas forcément de son entourage. “Quand on est face à ce genre de discriminations, on nous dit souvent de nous retourner vers nos proches, livre Laura Nsafou. Mais l’amour des parents ne peut pas nous protéger de tout, malheureusement.”

Lorsqu’elle se réfère au soleil, puis à la lune, pour leur demander conseil, Jada fait face aux mêmes allusions. “Alors qu’on pensait qu’ils prendraient de la hauteur, ce n’est pas le cas, renseigne l’autrice. Ce sont les étoiles qui viennent la chercher et lui confirmer sa beauté. Jada a tout autant sa manière à elle de briller que n’importe quel astre.”

Un milieu de l’édition encore frileux

La tolérance et ses problématiques sont depuis longtemps au cœur du travail de Laura Nsafou. “Il y a encore beaucoup de choses à écrire. C’est très inspirant. Maintenant, il faut que le marché suive”, déclarait-elle au HuffPost en novembre 2018. Plus d’un an après, qu’en est-il de ce fameux marché?

L’écrivaine est partagée. À son échelle, cela lui a permis de mettre l’accent sur un manque dans le milieu de l’édition en France. Le succès de son premier livre montre aussi qu’il existe une forte demande. Les maisons d’édition y voient forcément une activité mercantile.

“Mais il y a encore des portes à casser”, contrebalance l’écrivaine. En tant qu’autrice racisée, elle confie avoir du mal à mettre en avant son imaginaire. Au lieu de lui laisser carte blanche, on va plutôt lui demander de réécrire certaines histoires connues avec des ressorts ethniques.

Elle poursuit: “Le monde de l’édition est encore frileux à l’idée d’écouter et d’inclure des autrices et des auteurs racisés dans ces débats.” Face à ce constat, nombre d’entre eux se tournent vers l’auto-édition. Si Jada a semble-t-il trouvé son chemin, la route vers plus de diversité dans la littérature jeunesse est, elle, un peu plus longue.

“Le chemin de Jada”, par Laura Nsafou et Barbaru Brun, est disponible en librairie aux éditions Cambourakis depuis le mois de janvier.

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