Quatre élèves ingénieurs sénégalais fabriquent leur propre charbon bio

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Le Charbon Bio à partir de résidus agricoles: une solution à la déforestation, au réchauffement climatique et à l’emploi des jeunes et des femmesruraux au Sénégal. – Un projet de Quatre (04) Élèves Ingénieurs sénégalais.

“Au Sénégal, le changement climatique est une menace déjà sensible et plusieurs faits peuvent l’illustrer : Une baisse de la pluviométrie d’environ 300 mm en 30 ans ; Des pluies plus intenses et de plus courtes durées ; Une augmentation de la température d’environ 1,7°C en 30 ans, l’avancée de la mer, l’érosion côtière, la désertification, la réduction des mangroves ; la perte de terres arables et de pâturages, la réduction de la disponibilité de l’eau pour l’irrigation, la boisson et autres activités productrices etc.”.

Pour répondre à cette problématique de réchauffement climatique en général et de difficulté d’accès au bois de chauffe en particulier, quatre (04) jeunes Élèves Ingénieurs sénégalais (Thierno S. Nourou SY, Ibrahima Ndong, François Nicolas Adrien Sagna et Alpha Amadou Diallo) mettent en place un projet innovant de fabrication de charbon 100% biologique en recyclant les résidus agricoles et déchets ménagers afin de limiter les pressions exercées sur les ressources forestières limitées du Sénégal et créer des emplois pour les jeunes et les femmes du monde rural.

Nous avons interrogé Monsieur Thierno S. Nourou SYle Gestionnaire de ce projet ambitieux et innovant pour en apprendre d’avantage.

Qu’est-ce qui vous a motivé à entreprendre ce projet ?

Depuis longtemps, le bois était l’unique source d’énergie utilisée par près de la moitié de la population mondiale. C’est donc le combustible le plus utilisé du monde. Il revêt une importance encore plus grande pour les habitants des pays en développement: le bois est la principale source d’énergie des trois quarts de la population. Dans certains pays africains très pauvres, le bois assure plus de 90% de la consommation nationale d’énergie.

L’énergie obtenue à partir du bois de feu et du charbon de bois ne représentait que 6,2% de l’énergie produite dans le monde, mais la majeure partie du bois abattu dans les forêts a été utilisée pour la production d’énergie. Au Sénégal, le mode de vie de la plupart des villageois est directement lié à la forêt. Elle constitue pour eux la première cible pour les activités agricoles, elle leurs fournit des produits forestiers non ligneux (fruits, résines, écorces etc.), des plantes médicinales, des matériaux de construction.

Les forêts par le bois de chauffe et le charbon, contribuent à plus de 80% de la consommation énergétique des foyers. En effet, ce bois est utilisé pour la cuisson ou pour d’autres activités de survie notamment la pâtisserie artisanale. Les ménages des zones rurales doivent quotidiennement utiliser du bois de chauffe pour pouvoir alimenter leurs foyers. Donc, le bois est devenu une ressource rare et un bien précieux pour une subsistance perpétuelle dans les ménages ruraux du Sénégal.

Le bois de chauffe est devenu un enjeu important pour les femmes rurales et les enfants qui doivent marcher de longues distances pour s’approvisionner dans les brousses proches de leurs habitations. Avec cette forte pression sur les forêts, les ressources se tarissent autour des villages, en même temps qu’augmente la densité de la population. La coupe de l’arbre peut occasionner plusieurs inconvénients à savoir l’érosion éolienne, l’exposition des habitations au vent, la perturbation des saisons culturales, la réduction du couvert végétal qui favorise la photosynthèse, l’éloignement des animaux, la réduction des produits forestiers non ligneux, la baisse de la fertilité des sols et la perturbation de l’écosystème.

Tout ceci montre, que le bois de chauffe fait partie de la vie quotidienne de la population du monde rural pour les tâches ménagères, occasionnant parfois des dégâts sur l’environnement. Pour limiter cette exploitation illicite de bois de chauffe tout en recyclant les déchets agricoles et ménagers, nous proposons une solution dans le but de réduire cette pression sur les ressources forestières.

Comment comptez-vous vous y prendre concrètement ?

Nous allons faire en sorte que chaque village ait un GIE que nous allons accompagner pour la fabrication du charbon biologique sous formes de briquettes. Une briquette est une forme de combustible solide produite à partir de matières végétales. Elle peut être utilisée en substitution du charbon, du bois de chauffe pour la cuisson domestique voire la production de chaleur dans les industries. Les briquettes peuvent être carbonisées ou non et la différence se situe dans les pressions de densification. Les processus de fabrication des briquettes à partir des déchets ménagers varient selon que la briquette désirée est de type carboné ou non carboné.

Quels sont les avantages du Biocharbon par rapport aucharbon de bois ?

Il y a beaucoup d’avantages avec le charbon biologique:• C’est un charbon 100% écologique• Ce charbon n’émet pas de gaz à effet de serre• Ce charbon ne noircit pas le dessous des marmites, un avantage pour les femmes lors de la vaisselle• Ce charbon biologique ne cause pas de dégâts mortels pour les utilisateurs par rapport au charbon de bois qui cause 600 000 morts par an à cause de la fumée• Il coûte trois fois moins cher que le charbon de bois• La production du charbon bio réduit l’exploitation illicite du bois de chauffe• Il réduit les effets du changement climatique par sa préférence au bois de chauffe• Il réduit la collecte de matières fraiches dans les villes et village : assainissement• Il participe à la création d’emplois pour les jeunes, les femmes• Il réduit la pression sur les forêts

Sur le plan environnemental: la paille de brousse et les déchets agricoles étant de la biomasse renouvelable, leur valorisation permet la diminution du risque de départ de feux de brousse. Il permet, ainsi, de préserver la forêt et la biodiversité mais en même d’assainir l’environnement.

Sur le plan socio-économique: Le charbon biologique sera 3 fois moins cher que le charbon de bois. Mais aussi c’est plus facile à utiliser parce qu’il ne dégage pas de fumées. Cette solution est d’une importance capitale car, elle est utilisée de façon efficace, durable. C’est une solution écologique qui se soucie de l’environnement. C’est une pratique à faire propager à l’échelle internationale dans les zones les plus reculées du globe terrestre. La population du monde rurale doit vraiment en bénéficier à travers des prestations de services et des financements. Désormais, les femmes n’auront plus besoin de se déplacer ou de marcher des milliers de kilomètres pour chercher du bois de feu. Une solution est bien présente : charbon biologique 100% écologique.

Quels sont les défis que vous rencontrez en tant qu’entrepreneurs du changement ?

Comme vous le savez bien, le parcours entrepreneuriale est parsemé de défi à relever. Dans le cadre de notre projet, La principale difficulté n’est pas technique, mais culturelle. Il est difficile de bousculer les habitudes de consommation des populations. Il s’agit d’une filière compliquée dont l’enjeu principal concerne l’appropriation de ce combustible par les populations. Par conséquent, la réflexion doit être placée davantage sur les questions de consommation plutôt que sur la conception et la production. C’est pourquoi nous mettons beaucoup l’accent sur l’accompagnement des nouveaux utilisateurs : il arrive souvent que des ménages achètent le charbon biologique pour l’essayer et affirment ensuite que ce charbon ne fonctionne pas bien parce qu’ils ne savent pas l’utiliser. Par conséquent, la sensibilisation, l’information, et le bon accompagnement des nouvelles utilisatrices sont les stratégies que nous avons développé pour favoriser la consommation de ce nouveau combustible. En tant qu’entrepreneurs du changement, nous savons qu’il ne faudrait jamais se décourager : il faut être inventif et patient, car les enjeux sont trop importants pour abandonner.

1 COMMENTAIRE

  1. Génial mais il devra Falloir une assistance financière concrète pour mener à bien leur projet que bien d’ainés étudiants Burkinabés formés à l’ucad ont eu à expérimenter au Burkina Faso depuis 2014 et qui marche très bien car bien suivi,mais hélas au Sénégal les bons projets sont dans les tiroirs pendant les pays voisins les prennent et l’appliquent chez eux avec succès,au Sénégal l’état n’aide pas vraiment

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